CHAPITRE PREMIER

Système de Pyria

Jaina Solo engagea son aile X dans un virage aussi serré que l’appareil pouvait le supporter. Les contraintes gravifiques provoquées par la manœuvre la plaquèrent sur son siège. Mais grâce au recours à la Force, elle ne s’évanouit pas.

Le mouvement terminé, elle se retrouva dans la direction d’où elle venait : le nez de son chasseur pointé vers le destroyer stellaire Rêve Rebelle et l’escadron yuuzhan vong qui évoluait derrière lui. Les autres membres de son équipe, Kyp Durron et Jag Fel, volaient à côté d’elle. La griffe chiss de Jag, plus maniable que les ailes X, avait dû prendre le tournant sans problème, alors que Kyp avait sans doute subi les mêmes désagréments que Jaina. Mais il était un Maître Jedi, pas un Chevalier de moins de vingt ans.

Les chasseurs passèrent sous le Rêve Rebelle en un clin d’œil, malgré la longueur impressionnante du bâtiment.

— Voilà mon plan, annonça Jaina. Nous approchons comme si nous voulions nous précipiter au centre de leur formation. Au dernier moment, nous virons à tribord pour les contourner. A mesure que les vaisseaux apparaissent, nous concentrons notre feu sur chacun d’eux, comme dans les exercices. Prêts ?

— Toujours prêt, déesse, répondit Kyp.

Jag se contenta d’un bref signal sur l’unité com.

— Décrochez !

Arrivé à portée des trois chasseurs, le premier corail skipper lâcha sur eux un flot de petits éclairs rouges. Chacun se composait de deux kilogrammes de rocher surchauffé au point de se transformer en plasma. Dans l’espace glacial, ces projectiles refroidissaient très vite. Mais pendant les quelques secondes où la matière restait en fusion, c’étaient des armes mortelles, capables de vaporiser le blindage d’un vaisseau spatial comme une simple plaque de glace.

Jaina jumela ses lasers et attendit. Un instant après, elle sentit Kyp approcher d’elle, dans la Force, et prendre le contrôle de sa main posée sur la manette de commande de l’armement. Les lasers du Maître Jedi se déclenchèrent simultanément, ceux de Jag une fraction de seconde plus tard.

Le tir de Jaina disparut dans une petite singularité – un mini trou noir – générée sur la surface arrondie du corail skipper. Celui de Kyp s’évanouit de la même façon, un mètre plus loin. Mais le projectile de Jag, le coup de trop pour le système de défense, s’enfonça dans la coque du vaisseau ennemi. Après une explosion violente, le corail skipper dériva, hors de contrôle.

Ayant récupéré la pleine maîtrise de ses mouvements, Jaina vira à tribord, ses équipiers continuant à voler en formation serrée avec elle. Devant eux, un deuxième et un troisième vaisseau les attendaient. Elle fit appel à Kyp, le laissa tirer, reprit le contrôle, ramena son aile X en position, fit appel à Kyp, le laissa tirer…

En quelques secondes, deux autres coraux skippers devinrent des épaves fumantes. Sans avoir à consulter son écran de visualisation, Jaina sut que les skips de l’autre aile de la formation approchaient par bâbord. Elle fit monter son appareil à la verticale, rectifia sa course et s’éloigna de la zone de combat, forçant les vaisseaux ennemis à la poursuivre. Ainsi, ils s’éloigneraient du Mon Mothma et ne l’empêcheraient pas d’accomplir sa mission.

Au loin, le Mon Mothma pénétra dans le secteur des mines de basals dovin. Le grand bâtiment ouvrit ses baies pour libérer ses chasseurs – des ailes E, des ailes X et des intercepteurs Tie – qui foncèrent dans l’espace en direction du cargo qu’ils étaient venus escorter et protéger.

Coruscant

Luke Skywalker marchait en tête de son détachement, le précédant de quelques mètres.

Malgré sa notoriété, personne n’aurait pu le reconnaître. Il portait une armure de crabe vonduun, l’uniforme préféré des guerriers yuuzhan vong. Elle avait été fabriquée dans un matériau léger dont la texture et la couleur ressemblaient aux plaques d’arthropode vivantes des Vong. Quelques-uns de ses compagnons avaient choisi le véritable animal, mais ils se plaignaient maintenant de subir ses contractions et ses soubresauts. Dessous, Luke avait enfilé un body gris pâle aux reflets bleus qui imitait bien la couleur de peau de certains Yuuzhan Vong. Sauf pour la taille, car il rendait une bonne tête au Vong moyen, le Jedi pouvait passer pour un membre de cette race.

Il n’y avait pas foule là où il évoluait : dans un couloir, entre deux passerelles reliant des bâtiments à la hauteur du centième étage. Les immeubles de ce quartier résidentiel comptaient seulement quelques appartements luxueux par niveau. Toutes les portes ouvrant vers l’extérieur avaient été enfoncées. L’état des pièces, où tous les objets de valeur manquaient, alors que l’équipement technique restait intact, suggérait qu’il s’agissait de l’œuvre de pillards, pas de Yuuzhan Vong.

L’odeur de pourriture était omniprésente. Le groupe trébuchait sans cesse sur les cadavres des habitants de Coruscant. Certains avaient visiblement subi des violences. D’autres étaient morts sans raison apparente. Presque tous avaient atteint un stade avancé de décomposition.

Combien de nourriture ces gens avaient-ils en stock au moment de la chute de Coruscant et de la démolition complète de son infrastructure ? Combien d’eau avaient-ils pu se procurer ? Sur un monde sans espaces verts, sans agriculture, sans ressources alimentaires, sinon par importation ou par synthèse, les installations techniques étant détruites par l’ennemi, il était inéluctable qu’une grande partie de la population soit déjà morte.

Et le nombre de victimes augmenterait exponentiellement tous les jours.

L’odeur de putréfaction était plus ou moins forte selon les endroits, mais elle existait partout. Luke et la plupart de ses compagnons s’étaient introduits dans les narines des bouts de tissus imprégnés d’une substance légèrement odorante. Face les leur avait fournis. Luke préférait ne pas connaître les expériences qu’il avait vécues pour penser à apporter une telle provision de parfum.

Approchant de l’angle du bâtiment et d’une intersection, Luke éteignit sa lampe-torche, elle aussi trafiquée pour ressembler à une créature vong. La lumière du soleil filtrait de la passerelle, indiquant qu’elle était construite avec des panneaux en transpacier. Naguère, on avait dû bénéficier d’une vue époustouflante sur la cité-planète…

Il sentit et entendit Mara approcher.

— Tu t’y es collé la dernière fois, garçon de ferme.

Elle était également vêtue d’une armure de combat yuuzhan vong et d’un body couleur chair. Mais le menton et la bouche dépassant du casque identifiaient sa femme.

— Tu y as été la fois d’avant.

— C’est mon tour ! dit Garik « Face » Loran, l’ancien acteur resté à la tête des services de renseignements de la Nouvelle République pendant de longues années.

La moitié de son équipe environ – les Spectres – l’accompagnait dans cette mission. Face était totalement méconnaissable : en plus de l’armure en crabe vonduun, il s’était affublé d’un ooglith, le masque vivant utilisé par les Vong. Baljos Arnjak, un membre des Spectres, l’avait fabriqué, reproduisant un visage mutilé semblable à ceux des guerriers.

Face s’arrêta à côté de Mara.

— Un baiser pour me porter chance ? lui demanda-t-il, faisant plisser des lèvres frangées sur le faciès vong.

— Je ne sais pas s’il faut classer cette remarque dans la rubrique « extraordinairement hardi » ou « exceptionnellement stupide », répondit la Jedi.

Souriant, Face sortit de son paquetage une corde dont il enroula une extrémité autour de son poignet. Il tendit l’autre bout à Luke :

— Un baiser pour me porter chance ?

— Tu vas y aller, oui ou non ?

Ils atteignirent la passerelle dont le toit et les parois étaient des panneaux de transpacier renforcés par des raidisseurs métalliques. Comme le couloir, sa largeur suffisait pour que quatre humains y marchent à l’aise. Luke put voir les immeubles adjacents, envahis par des mousses vertes et des algues. Leur dégradation avait encore progressé : beaucoup de toits écroulés, de murs ébréchés…

Face avança prudemment.

Luke ne voyait pas l’autre extrémité de la passerelle. Bombée au centre, afin de mieux supporter des poids considérables, elle mesurait au moins cinquante mètres de long et enjambait un ancien boulevard.

Quand Face fut arrivé environ dix mètres plus loin, le comlink du casque de Luke transmit un commentaire :

— Je n’entends pas trop de craquements. Celle-ci semble solide.

Les autres membres du groupe, tous déguisés en guerriers vong, commencèrent à suivre leur éclaireur.

Un motif élaboré noir et argent sur le masque facial et le buste, le plus grand était le Spectre Kell Tainer, un passionné de technique et d’explosifs, spécialiste en outre des arts martiaux.

Deux « rebelles » portaient des armures du « Domaine Kraal » – caractérisées par leurs volutes d’argent et leur dégradé de rose – qu’ils avaient prises aux occupants de Borleias avant que la Nouvelle République ne reconquière ce monde. Le casque le plus pointu était revenu à Baljos Arnjak, l’expert en société yuuzhan vong et en procédés organiques des Spectres. Bhindi Drayson se dissimulait sous une capuche plus large, avec des découpes plus grandes pour les yeux. Cette humaine pouvait faire état d’un grand éventail de capacités dans le domaine des renseignements, y compris la tactique militaire, l’informatique et la robotique. Son maquillage longue durée donnait l’illusion des lèvres découpées et des tatouages guerriers à condition de ne pas regarder de trop près. Baljos, lui, portait un masque ooglith, des défenses dépassant de la partie inférieure.

Ensuite venait Elassar Targon, Devaronien et médecin des Spectres. Il était habillé d’une armure artificielle, car l’idée de mettre un vêtement vivant lui valait des angoisses insurmontables. Sa main droite bougeait toujours frénétiquement, même pendant qu’il observait la progression de Face. Ses gestes étaient-ils destinés à repousser les Yuuzhan Vong ou à protéger Garik Loran ? Luke l’ignorait, et Elassar n’avait sans doute plus conscience de ses tics.

Il était flanqué de Danni Quee, la chercheuse de la Nouvelle République à l’origine de tant d’avancées technologiques depuis le début de la guerre contre les Yuuzhan Vong. Elle avait récupéré l’armure vivante noire initialement prévue pour Elassar. Un peu trop grande, elle rendait ses mouvements inhabituellement gauches. Disposant d’un moment de répit, la scientifique sortit de sa trousse un petit capteur électromagnétique pour détecter d’éventuelles radiations dans les environs. Danni et Elassar étaient tous deux maquillés, avec un effet plus probant sur les traits diaboliques du Devaronien à la peau rouge.

Tahiri Veila assurait l’arrière-garde, à quelques mètres du groupe. La troisième Jedi était encore apprentie, considérant son jeune âge. Dans les faits, pourtant, son expérience et les compétences acquises depuis l’invasion des Yuuzhan Vong lui permettaient de tenir la place d’un Chevalier. Les choses changeaient si vite, en ces temps troublés, que les progrès accomplis par les jeunes Jedi de sa génération ne pouvaient plus être sanctionnés par des examens. Tahiri portait une armure de couleur rouille, et les semelles antidérapantes de sa combinaison lui convenaient sans doute mieux que des chaussures ou des bottes, même si elle préférait de loin marcher pieds nus. Un masque ooglith couvrait son visage de profondes cicatrices rouges disposées en croix. Quatre pointes, sur les joues, complétaient son look guerrier.

Luke n’avait pas besoin de la Force pour sentir le chagrin de la jeune fille. Peu de temps auparavant, son meilleur ami, Anakin Solo, était mort au cours d’une mission visant à détruire la source des voxyns, ces créatures capables de chasser et de tuer les Jedi. Le but avait été atteint au prix de lourdes pertes. Depuis, Tahiri s’enveloppait dans le silence et la détresse aussi étroitement que dans ses robes.

Luke avait donné le feu vert à la fameuse mission, où un grand nombre de jeunes Jedi avaient péri. Depuis le décès de leur fils cadet, il lui coûtait de regarder Yan et Leia dans les yeux. Et maintenant, il commandait une autre mission qui mettait en danger la vie d’une jeune fille. Parfois, il se demandait s’il n’aurait plus besoin, un jour, d’exposer des adolescents à la souffrance et à la mort.

Je n’aurai probablement pas cette chance…

— J’ai atteint le centre, annonça Face. Toujours pas de craquement. Arrivé à l’autre bout, je ferai quatre ou cinq bonds pour garantir que la fixation tient, et – attendez une seconde ! Je vois du mouvement.

Une nouvelle voix retentit dans le comlink, des cris en yuuzhan vong poussés à une certaine distance de Garik. Le tizowyrm – le module de traduction organique des Vong –, installé dans l’oreille de Luke lui permit de comprendre :

— Arrêtez-vous là ! Indiquez vos noms, domaine et ordre de mission !

Luke lança le rouleau de corde à Baljos.

— Laissons nos paquetages ici.

Le Jedi avança, Mara et Kell à ses côtés, pendant que Tahiri approchait en courant. Eux quatre seuls pouvaient avoir une chance dans un combat contre des guerriers yuuzhan vong.

Face répondit à l’interpellation sur le ton agressif requis, du moins selon Luke.

— Je suis Faka Rann. Ma mission consiste à détruire des abominations et à former mes guerriers. Ne me ralentissez pas.

Ayant franchi le milieu de la passerelle, Luke, Mara, Kell et Tahiri pouvaient à présent voir de l’autre côté. Un groupe de sept guerriers approchait. La plupart avaient déjà dégainé leurs bâtons, des créatures reptiliennes capables de devenir rigides comme une lance. Face agita la contrefaçon enroulée autour de son poignet.

Les bras croisés, le Maître Jedi se campa à côté de son équipier dans une attitude pleine de défi. Mara, Tahiri et Kell les rejoignirent. Ce dernier « activa » le faux bâton vong d’une flexion de poignet. Rigide, il faisait une très belle imitation de l’arme véritable, mais il ne résisterait pas à un combat.

Les guerriers vong s’étaient arrêtés à une dizaine de mètres, fixant Luke et ses compagnons.

— Cette zone nous a été attribuée, dit leur chef. Qui vous a ordonné de venir chasser ici ?

— Personne ne nous a rien ordonné ! répliqua Face sur un ton ironique, même dans la traduction du tizowyrm. Nous recherchons la gloire à titre personnel.

— Si vous n’êtes pas en service commandé, votre mission est subordonnée à la nôtre. Laissez-nous passer.

Luke savait qu’aucun véritable guerrier vong n’accepterait un tel ordre. L’affrontement était inévitable. Pliant un genou, il sentit le sabre laser accroché à sa ceinture sous les plaques de l’armure.

— Si vous êtes de service, dit Face, votre tâche est moins importante que la nôtre, puisque vous chassez sous les ordres de vos supérieurs, tandis que nous travaillons uniquement pour la gloire qui nous grandit. Vous devez vous écarter !

Le chef des Yuuzhan Vong foudroya Face du regard. Puis, la situation évolua comme il était prévisible : le premier Vong fonça, et ses guerriers le suivirent sur deux rangs.

Face recula, laissant la place à des combattants plus habiles. Le chef des Vong se précipita derrière lui. Prêt à tout pour l’atteindre, il abattit son bâton pour écarter Luke du chemin.

Luke prit son élan et survola son adversaire – un saut périlleux dont l’élégance était à peine affectée par son armure inhabituelle.

Il vit Kell ceinturer le Vong et le propulser contre une des parois en transpacier de la passerelle. Le panneau ne se brisa pas, mais les fixations lâchèrent : la tôle et le guerrier tombèrent dans le vide.

Ayant atterri sur ses pieds, Luke sortit son sabre laser de sous son armure. En même temps, il entendit s’activer les lames de Mara et de Tahiri. La sienne s’alluma à temps pour parer un coup de bâton. Il dévia la pointe mortelle et riposta. La lame du sabre Jedi toucha très légèrement l’extrémité du bâton…

Son adversaire hurla :

— Des Jeedai !

Les cinq autres Yuuzhan Vong présents sur la passerelle reprirent le cri en chœur…

Luke évita un insecte-tonnerre lancé depuis la deuxième ligne ennemie, puis attaqua le Vong campé en face de lui. Le guerrier se baissa, mais il n’était pas la véritable cible : le Maître Jedi visait l’adversaire de Tahiri, sur sa droite. La lame le frappa sur un coude, non protégé, et le trancha net. Le guerrier hurla, plus de dépit que de douleur, quand son bras, armé du bâton, tomba sur le sol. Tahiri lui fit réintégrer les rangs d’un coup de pied.

Mara incinéra un scarabée tranchant, à quelques centimètres devant elle, para un coup de bâton, puis dévia l’assaut d’un Yuuzhan Vong venu de la deuxième ligne.

Luke vit un deuxième groupe de guerriers quitter l’immeuble d’en face et courir vers eux. Impossible de les compter. Ils étaient une vingtaine et d’autres déboulaient encore de la passerelle en criant :

— Des Jeedais !

Kell Tainer se détourna et s’enfuit. Luke vit les yeux de Tahiri, derrière son masque : d’abord surprise, elle se sentait trahie. Mais elle parvint à se baisser pour ne pas être touchée par l’attaque du Vong qui se ruait sur elle. Avant qu’elle puisse se relever, le feu d’un blaster déchira l’air. L’armure en crabe vonduun en absorba ou refléta la majeure partie, mais un rayon atteignit son adversaire à la gorge. Il tomba à la renverse, le cou fumant. Luke aperçut Face, derrière la jeune Jedi, un fusil-blaster à la main. Tahiri se remit en position de combat, et Face se décala d’un pas vers la gauche pour attendre une autre occasion de tirer.

D’un coup de pied, Luke expédia le bras coupé à la figure de son ennemi, puis visa sa tête avec son sabre. Mais cette feinte était trop grossière pour un guerrier expérimenté.

La vague suivante de Yuuzhan Vong déferla sur le petit groupe. Soudain, il y eut trop de bâtons, trop d’insectes-tonnerre, de scarabées tranchants et de coufees pour qu’une résistance soit possible. Malgré des parades brillantes, un nombre impressionnant d’insectes-armes brûlés et un adversaire achevé d’un coup de sabre laser à la gorge, Luke perdit du terrain.

— On bat en retraite ! cria-t-il.

Quelque chose passa entre Luke et Mara, une boîte noire et plate de la taille d’une main humaine, des lettres et des nombres brillants sur un côté.

Kell revint dans leur champ de vision, armé d’une carabine-blaster qu’il tenait au-dessus des têtes des Jedi pour arroser les Yuuzhan Vong.

— Je propose qu’on se retire vite ! s’exclama-t-il. Dix…

— Qu’est-ce que c’était ? demanda Luke.

Au lieu de bloquer la prochaine attaque, il se pencha en avant, frappa le poignet de son adversaire avec sa lame et trancha la main qui tenait un bâton.

— Tu sais ce que c’est. Sept. Six.

Luke se décida pour une retraite rapide, Mara et Tahiri à ses côtés. Face et Kell continuèrent leur balayage au blaster, soutenus par les salves de leurs amis restés en arrière.

Ils étaient presque arrivés dans l’immeuble quand la charge de Kell explosa, transformant la passerelle en un mur de feu qui roula vers eux.

Invoquant la Force, Luke s’envola loin en arrière, entraînant Mara et Tahiri. Ils atterrirent plusieurs mètres à l’intérieur du couloir, toujours exposés aux attaques des insectes-armes. Puis le tonnerre de l’explosion déferla sur les Yuuzhan Vong et les Jedi, aveuglant Luke et le forçant à reculer brutalement.

Sûr de distinguer ses amis, même dans ce tumulte, il fit tournoyer son sabre laser, un mouvement défensif qu’il utilisait rarement ailleurs qu’à l’entraînement. Sa lame rencontra un obstacle rigide.

Puis la chaleur et la lumière diminuèrent. Luke se retrouva face à un guerrier au dos fumant. Trois autres Vong restaient debout au milieu de ses équipiers. Deux d’entre eux étaient pris sous le feu concentré des Spectres et de Danni Quee. Le dernier, alors qu’il exécutait une attaque sautée élégante, reçut la lame de Mara à l’endroit vulnérable situé à la jonction des plaques de jupe de son armure.

D’un coup de pied dans le torse, Luke se débarrassa de son adversaire, qui perdit l’équilibre, recula vers la passerelle... et bascula dans le vide avec un cri de surprise.

La passerelle n’existait plus, de la fumée et des arêtes vives subsistant là où la jonction avec l’immeuble avait été arrachée. Malgré l’effet assourdissant de l’explosion, Luke entendit le corps de son ennemi racler contre les murs, puis s’écraser sur le boulevard, quelques centaines de mètres plus bas.

Les Jedi, les Spectres et la scientifique reprirent leur souffle et leurs esprits.

— Quelqu’un de blessé ? finit par demander Luke.

— Un insecte-tonnerre m’a égratignée, répondit Danni. Mais l’armure a absorbé l’impact. J’ai seulement été renversée.

— Cette escarmouche était catastrophique, dit Luke. Au moins, personne n’est blessé…

— Comment ça, catastrophique ? demanda Face. C’était un succès très prometteur.

— Je ne vois pas en quoi. Maintenant ils savent que nous sommes là. Et qu’il y a des Jedi sur Coruscant.

— Pas du tout. D’abord, je crois qu’ils étaient tous sur la passerelle. Donc, aucun Vong vivant n’est au courant de la présence de Jedi.

— Jusqu’à ce qu’ils découvrent les cadavres, fit Mara, avec les brûlures caractéristiques des sabres laser.

— En effet, admit Face en haussant les épaules. Là, tu as raison. Mais avant qu’on sorte les sabres, ils nous ont pris pour des Vong. Nos déguisements et l’extraordinaire talent qui m’a permis d’apprendre le yuuzhan vong durant les deux dernières années… Ça a fonctionné. Et ça fonctionnera encore.

— C’est vrai…

Face afficha soudain une préoccupation toute professionnelle :

— Alors, ça compte pour mon tour, ou devrai-je aller vérifier la passerelle suivante ?

— Rassure-toi, ça compte pour ton tour, répondit Luke avec un sourire.

— La suivante est à une trentaine d’étages plus bas, dit Kell. Nous ferions mieux de nous remettre en route.

Bhindi lui tapota l’arrière du casque :

— Aurais-tu fondu un fusible, spécialiste des explosifs ? Nous montons !

— Je m’en doutais, fit Kell, résigné.

 Borleias, système de Pyria

Enfoncé jusqu’à la ceinture, la tête à l’envers, dans les entrailles des moteurs du Faucon Millenium, Yan Solo entendit des bruits de pas. Des pas légers et précis – Leia. Et d’autres. Donc, il devait y avoir une deuxième personne : Meewalh, son garde du corps. Mais Yan n’avait jamais vraiment entendu ses pas.

Désirant terminer le rafistolage en cours, il resta en position. Si Leia avait eu un problème, sa démarche n’aurait pas été régulière et décontractée.

— R2, tu me passes le voltmètre ? demanda le pilote en tendant une main hors de son repaire.

R2-D2, l’astromec de Luke, réagit par une série de bips joyeux. Yan reconnut le grincement d’un bras manipulateur et sentit l’appareil de mesure tomber dans sa paume.

— Penses-tu, si je le chatouillais, qu’il se cognerait la tête contre le plancher ? demanda Leia.

La réaction de R2-D2 eut tout d’une réponse affirmative.

— Tu devrais espérer qu’elle n’en fera rien, R2, dit Yan. N’étant pas autorisé à me venger sur ma femme, je serais obligé de me retourner contre le premier droïd qui me tomberait sous la main.

Cette fois, R2-D2 répondit par un de ses trilles à la tonalité nettement acerbe.

— Qu’est-ce qu’il a dit ? demanda Yan.

— Je ne sais pas, répondit Leia en riant. Mais si j’étais lui, ça aurait été : « Puisque c’est comme ça, je vais chercher C-3PO ! »

— Judicieuse idée, reconnut Yan.

Il avait fixé le voltmètre sur les conducteurs électriques qu’il venait d’installer.

— Tu veux bien mettre l’holocom sous tension ?

— Si je ne me trompe pas, tu as la tête dans les câbles de puissance de l’holocom.

— Oui.

— Alors, la réponse est non.

— Si tu refuses, comment juger si le débit est correct ?

— Sors de là, et pose l’appareil de mesure à un endroit où tu peux lire ce qu’il affiche.

Yan grogna. Au fond de son cœur, il savait que rien ne pouvait se passer, car le Faucon ne lui ferait jamais de mal pendant qu’il travaillait dessus. Il le savait malgré les innombrables écorchures, contusions et menues électrocutions subies au fil des ans. Mais Leia, têtue, ne voulait pas se laisser convaincre.

Yan savait aussi, le fruit d’une longue expérience, qu’elle ne partirait pas avant d’être certaine qu’il ne ferait rien qu’elle estime imprudent. Par conséquent, il pouvait attendre la tête à l’envers éternellement ou agir comme elle voulait.

Il plaça l’instrument de mesure de manière à pouvoir lire le cadran supérieur. Puis il sortit péniblement de son trou.

— Heureuse ? demanda-t-il avec un sourire forcé.

— Heureuse. Tu es très rouge.

— Ça arrive quand on reste longtemps la tête à l’envers. Pourrais-je avoir une tasse de café ? Et un magazine à lire ? Pour passer le temps pendant que tu gères ces réparations…

Leia sourit, pas le moins du monde impressionnée par ces commentaires sarcastiques.

— En réalité, je suis venue te rappeler que nous devons voir Tare avant de partir.

— Oui, je sais. Mais je déteste les au revoir. Je n’ai jamais trouvé un moyen de rendre un tel moment agréable.

Leia baissa la voix jusqu’à la limite de l’inaudible :

— A ce propos, tu sais comment expliquer à Meewalh qu’elle ne pourra pas nous accompagner dans cette mission ? Parce que me tourner autour pour remplir les tâches d’un garde du corps rendrait inutiles tous les déguisements que nous pourrions utiliser ?

— Pourquoi ne pas essayer de la convaincre de prendre des vacances ? souffla Yan.

— Yan !

— Ou bien, juste avant le décollage, nous l’envoyons chercher une bouteille de cognac, et nous démarrons pendant qu’elle fait les magasins ?

— Tu dis des idioties !

Souriant, Yan attira Leia vers lui.

— Allez, tu ne trompes personne… Tu sais exactement ce que tu vas lui raconter. Tu veux seulement que je sois là, pour te soutenir. N’ai-je pas raison ?

— Lire mes pensées n’est pas du jeu !

— N’ai-je pas raison ?

— Tu as raison, soupira Leia.

Elle se blottit contre lui. Mais sous sa joie du moment perçait l’ombre de son chagrin, et Yan en connaissait la cause. Comment s’abandonner au bonheur alors qu’elle venait de perdre un fils à la guerre, que l’autre, porté disparu, était supposé mort et que leur fille accomplissait une mission périlleuse quelque part dans le système de Pyria.

Yan se demanda si Leia retrouverait un jour une véritable paix de l’âme…

 Système de Pyria

A l’intérieur des mines de basals dovin, Jaina et son escadron, les Soleils Jumeaux, arrivèrent à hauteur du Mon Mothma, en train de faire demi-tour pour repartir en direction de Borleias. Plus loin, un cargo de Gallofree, grassouillet comme un Hutt plongeant dans une piscine, avançait vers eux. Il était entouré de quelques minuscules points lumineux indiquant que la bataille continuait. Mais leur nombre diminuait. Très vite, l’écran ne montra plus de signaux représentant des coraux skippers.

— Soleils Jumeaux, ici le Rêve Rebelle. Nos instruments annoncent l’arrivée de plusieurs escadrons de skips, mais nous aurons sorti notre protégé des mines et réalisé le dernier microsaut avant qu’ils se pointent. Néanmoins, il n’y a pas beaucoup de marge, alors, s’il vous plaît, restez en alerte.

L’emploi de la formule s’il vous plaît amusa Jaina. Son jeu avec les Yuuzhan Vong, une supercherie où elle s’identifiait à leur déesse de la fourberie, Yun-Harla, la plaçait un peu à l’écart de la hiérarchie militaire de Borleias. Tous les commandants avaient été priés de la traiter avec le respect dû aux très hauts dignitaires. Il aurait été intéressant de savoir qui ça faisait rire, et qui s’en irritait…

La voix de cet opérateur-là était détendue.

— Leader de Soleils Jumeaux à Rêve Rebelle, bien reçu.

Jaina amena son escadron en position latérale par rapport au grand vaisseau. Quand le cargo fut enfin visible à l’œil nu, elle put lire son nom, le Courage Nonchalant, et aperçut les chasseurs qui le protégeaient. Ils volaient en formation de parade, puisque le combat était fini. Les couleurs de la plupart des appareils correspondaient au gris foncé caractéristique des navires de soutien du Rêve Rebelle. Un seul groupe d’ailes A et E se distinguait par une sérigraphie jaune vif avec des bandes d’un noir menaçant.

— Par l’engeance maudite de la Sith, qui sont ces types ? demanda Jaina.

— Soleils Jumeaux Un, vous êtes en présence des As Jaunes de Tanaab, As Un pour vous servir, répondit une voix masculine amusée. Nous sommes venus montrer aux défenseurs de Borleias ce qu’un vrai pilote peut faire avec son appareil !

Jaina grimaça. Elle avait oublié que son système com était réglé sur la fréquence militaire générale de la Nouvelle République. Mais même si elle avait commis une erreur, impossible de laisser passer un affront de cet acabit.

— Vous êtes passé maître dans l’art de rompre le contact avec l’ennemi ?

— Très chère, répondit As Un, ne me parlez pas ainsi. Quant au contact, soyez sûre que je ne le romprai pas… avec vous !

— As Un, ici le Courage Nonchalant. Vous croyez être capable de limiter vos rituels machos à la terre ferme ?

— On va essayer, Courage. Soleils Jumeaux Un, venez donc me voir quand nous aurons atterri. As Un, terminé.

Jaina bascula son unité com sur la fréquence réservée à son escadron.

— Quel petit singe-reptile arrogant !

— Tout à fait exact, fit Piggy, le pilote et tacticien gamorréen de l’escadron. Je le connais.

 Borleias

D’étranges créatures en mouvement remplissaient le champ de vision de Tam Elgrin. Impossible de tenir les yeux assez ouverts pour y voir clair. La plupart du temps, des taches blanches ou orange tournaient autour de lui, émettant des murmures dénués de sens.

Tam était satisfait de cet état de choses, même s’il n’était pas capable de formuler une pensée claire, ni de se souvenir de quoi que ce fût. Mais la curiosité prit le dessus. Il se força à ouvrir les yeux.

Les créatures défilaient devant le lit sur lequel il était couché, couvert d’un drap bleu. Derrière les barreaux métalliques, que ses orteils parvenaient à toucher, courait une sorte de passage pour piétons. Les taches de couleur étaient en réalité des gens, des humains, plus quelques Twi’leks, Rodiens ou Devaroniens, généralement vêtus de blanc, mais parfois aussi de la combinaison orange des pilotes. Personne ne faisait attention à lui.

Des rideaux opaques pendaient de chaque côté du lit. Une telle disposition, évidemment prévue pour le protéger des regards indiscrets, finit par convaincre Tam qu’il était dans un hôpital.

Cette découverte suffisait pour le moment. Il n’avait pas besoin d’en savoir plus. Son cerveau travaillait assez bien pour avoir traité les données environnementales et produit un résultat. C’était satisfaisant.

Soudain, quelqu’un se sépara du flot de passants et entra dans son petit espace délimité par les rideaux. Sous la blouse blanche, Tam reconnut une Calamarienne à la peau d’un rose agréable.

— Vous êtes éveillé, dit-elle.

Son ton suggérait qu’il s’agissait là d’un petit exploit dont n’importe qui aurait dû être content.

— Hum, répondit Tam, qui aurait pourtant voulu articuler un oui franc et massif.

— Vous rappelez-vous ce qui s’est passé ? Pourquoi vous êtes ici.

— Hum, fit Tam en secouant la tête.

— Vous avez été entre les mains des Yuuzhan Vong, qui vous ont conditionné pour exécuter leurs ordres. Vous leur avez résisté, ce qui a sans doute évité une tragédie. Mais vous en avez payé le prix. Voilà pourquoi nous vous traitons ici.

Le barrage qui séparait Tam de ses souvenirs s’écroula d’un coup, libérant un flot d’images et d’émotions. Il se revit sur Coruscant au moment de la victoire de la flotte vong, essayant d’échapper à ses ennemis, qui finirent quand même par le capturer. Puis, ces jours – combien était-ce ? – deux seulement, alors qu’ils semblaient avoir duré une vie entière… Donc, ces deux jours au cours desquels il avait été attaché sur une étrange table, à écouter un Yuuzhan Vong lui demander de faire certaines choses. Et à souffrir comme un chien chaque fois qu’il parvenait à refuser les ordres.

La douleur frappait aussi quand il n’exprimait pas son refus par des paroles, des regards ou des hochements de tête, sa rébellion éclatant uniquement au fond de son cœur. La table le savait toujours. Elle lui faisait mal, jusqu’à ce qu’il ne puisse plus résister aux exigences des Yuuzhan Vong, même au plus profond de son âme.

Alors, ils l’autorisèrent à « s’évader », à retrouver son patron, l’historien Wolam Tser, et à quitter Coruscant pour Borleias, la base temporaire des forces militaires en déconfiture de la Nouvelle République. Il avait espionné les opérations en cours, puis la scientifique Danni Quee et la pilote Jaina Solo.

Quand il avait su qu’il lui faudrait kidnapper l’une et tuer l’autre, il avait trouvé la force de supporter la douleur qui l’envahissait dès qu’il n’exécutait pas un ordre des Yuuzhan Vong.

Il s’était effondré, certain de ne pas survivre à la souffrance.

— Etes-vous toujours avec nous, monsieur Elgrin ?

— Hum, répondit-il. Oui.

Il ouvrit les yeux. La Calamarienne était penchée sur lui, l’air préoccupé. Si Tam n’avait connu que des humains, il n’aurait pas pu détecter son inquiétude.

— Ne m’appelez pas « monsieur ». C’est simplement Elgrin. Ou Tam.

— Tam, je suis Cilghal. Je travaillerai avec vous pour surmonter les séquelles de ce que vous avez subi. Mais sachez que votre courage et votre résistance à l’endoctrinement ne vous ont fait aucun bien. Vous souffrez toujours des conséquences. Nous avons encore du chemin devant nous, avant que vous puissiez de nouveau mener une vie normale.

— Si je suis toujours sous leur influence, pourquoi n’ai-je pas une atroce migraine en ce moment ?

Cilghal prit la main de Tam dans les siennes – de grandes mains palmées, au contact doux et chaud, pas froid du tout, comme il aurait cru – et l’approcha de ses sourcils. Il sentit qu’un casque lui couvrait la tête.

— Cet appareil, expliqua-t-elle, détecte le moment où vos maux de tête commencent. Il agit par voie électronique sur les centres nerveux responsables de la douleur et l’atténue ou l’élimine. Plus tard, nous installerons un implant invisible qui aura la même fonction. Il pourra même vous permettre de vous « récompenser » en dégageant des endorphines quand vous faites quelque chose contre la volonté des Vong. Progressivement, il annihilera les effets de votre endoctrinement, je pense.

— Mais pour quoi faire ? Je serai jugé. Et exécuté pour haute trahison.

— Je ne crois pas… Cette base est soumise à la loi martiale, et le général Wedge Antilles a décidé que vous recevrez une citation, pas une punition. Vous n’aurez pas à passer devant un tribunal.

Tam sentit des larmes lui brûler les yeux, sans pouvoir déterminer s’il pleurait de soulagement ou de honte d’avoir reçu un pardon qu’il ne méritait pas.

Pour cacher son émotion à Cilghal, il se détourna.

— Je vous laisse maintenant, dit-elle. Nous reparlerons plus tard. Vous allez vite vous sentir mieux.

Derrière les lignes ennemies 2 - La résistance rebelle
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